Au regard de l’imposition, mise en œuvre par l’Église depuis la réforme « grégorienne », d’une gestion et d’une médiation du sacré exclusivement cléricales, mais aussi, à l’inverse, de la dépossession des laïcs de toute autonomie face à leur vie religieuse, les femmes occupent une place singulière qui a fait l’objet d’une attention croissante et radicalement renouvelée dans l’historiographie. Ces nouveaux regards justifient que, 38 ans après le 23e colloque consacré à « La femme dans la vie religieuse du Languedoc », il faille s’interroger à nouveaux frais sur les femmes et la vita religiosa dans les sociétés méridionales.
Exclues – en tant que laïques et en tant que femmes – non seulement du sacerdoce, mais aussi d’un nombre croissant de pratiques et de rites qui avaient pu leur être concédés auparavant, les femmes sont pour ainsi dire doublement affectées par les redéfinitions grégoriennes. Dans ce contexte, l’extraordinaire poussée d’expériences religieuses féminines, qui s’accélère à partir de la fin du XIIe siècle, peut être lue comme une forme particulière de compensation, voire de résistance à cette marginalisation au sein de l’Église.
L’objectif de ce colloque est d’embrasser d’un même regard l’ample spectre de la vita religiosa féminine, de la vie selon une règle aux expériences que l’historiographie a désignées comme semi-religieuses, et à celles que nous ne connaissons qu’au prisme de leur condamnation comme hérétiques. Il s’agira de s’interroger sur l’éventuelle spécificité du terrain méridional et, pour ce faire, on s’efforcera de réfléchir à l’arrière-plan non seulement géopolitique, mais surtout social de ces expériences : en quoi les conditions d’acclimatation de la réforme grégorienne dans le Midi et les structures du clergé séculier et régulier peuvent-elles contribuer à expliquer les caractéristiques propres des expériences féminines méridionales et leur réception cléricale, dans les textes comme dans les images ? Existe-t-il une prédisposition de l’aristocratie ou des élites méridionales à la revendication d’une gestion du sacré qui ménagerait une place spécifique aux femmes ? Quelle est la part de nouveaux groupes urbains dans la contestation du modèle de société post-grégorienne qui ne les incluait guère ? À quels dispositifs juridiques, mais aussi spatiaux, la vita religiosa féminine donne-t-elle lieu ?
Programme :
Lundi 6 juilllet
9 h 15 Ouverture de la session.
9 h 30 Introduction, Cécile Caby (Sorbonne Université, CRM UMR 8596).
I. Ordonner la vita religiosa des femmes : figures et normes
10 h 15 Fernand Peloux (CNRS, TRACES, Université Toulouse Jean-Jaurès),
Princesses et religieuses. La sainteté locale féminine dans le Midi de la France.
11 h Marjolaine Raguin (Université Toulouse Jean-Jaurès, PLH EA 6601),
Pour une typologie des formes de religiosité féminine dans la littérature occitane lyrique et narrative.
14 h Maria Alessandra Bilotta (Universidade Aberta de Lisboa UAb – IEM-NOVA-FCSH),
Figures féminines dans les manuscrits juridiques méridionaux : représentations iconographiques et vie religieuse (XIIIe-XIVe siècles).
14 h 45 Eliana Magnani (CNRS, LaMOP UMR 8589,
Les rites de consécration et de bénédiction des femmes dans les pontificaux à l’usage des Églises d’Arles et d’Aix (XIVe siècle).
15 h 30 Alexis Grélois (Université de Rouen Normandie UR 3831, GRHis),
Des religieuses hors des cloîtres : essai de typologie des formes de vie féminines informelles ou peu normées dans le Midi (XIe-XIIIe s.).
16 h 15 Sylvie Duval (Università degli Studi di Bologna) et Haude Morvan (Université Bordeaux Montaigne, Institut Ausonius, UMR 5607),
Vivre cloîtrées. Interprétations et mise en pratique de la clôture comme norme juridique et sociale dans le Midi à la fin du Moyen Âge.
Mardi 7 juillet
II. Mulieres religiosae, entre aristocratie et élites urbaines
9 h Florian Mazel (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, LaMOP UMR 8589),
Enfer ou lieu de salut ? Les femmes, la religion et les cours dans la Provence angevine.
9 h 45 Sergi Sancho Fibla (Université Clermont Auvergne, CHEC UPR 1001) et Damien Ruiz (Società internazionale di Studi Francescani, Assise),
Delphine de Puimichel et la vie laïque-religieuse.
10 h 30 Laure Bagneris (CMMC, Université Côte d’Azur),
Les hospitalières de l’Hôpital-Beaulieu (XIIIe-XVesiècles).
11 h 15 Damien Carraz (Université Toulouse Jean-Jaurès, FRAMESPA),
L’inurbamento des moniales à Avignon au XIIIe siècle : une première exploration des archives.
14 h 00 Michelle Fournié (Université Toulouse Jean-Jaurès),
Entrer en religion : affaire de vocation ou conduite-refuge ? Le cas d’une chanoinesse régulière de Toulouse au XIVe siècle.
III. Hérétiques ?
14 h 45 Eleonora Lombardo (Università di Verona),
Présences et silences : femmes hérétiques et pratiques dissidentes dans la prédication languedocienne du XIIIe siècle.
15 h 30 Sylvain Piron (EHESS Paris, CRH UMR 8558),
Les béguines du Midi.
16 h 15 Emmanuel Bain (Aix Marseille Université, UMR TELEMMe),
Les femmes et le consolamentum.
Mercredi 8 juillet
Excursion aux abbayes de Rieunette, Saint-Hilaire et Villelongue.
À 17 h, monastère de Prouilhe : table ronde
sur les Constitutiones sororum de Humbert de Romans (1259),
avec la participation de Nicole Bériou, Damien Boquet, Cécile Caby, Sylvie Duval, Alexis Grélois et Anne Reltgen-Tallon.
Jeudi 9 juillet
9 h Jean-Paul Rehr (Università degli Studi di Torino),
Bonae feminae, probae feminae : les femmes dans les premiers registres de l’Inquisition toulousaine (1230-1260).
9 h 45 Alessia Trivellone (Université de Montpellier Paul-Valéry, CEMM EA 4583),
Femmes et hérésie dans les sources inquisitoriales du premier quart du XIVe siècle.
11 h Conclusion, Damien Boquet (Aix-Marseille Université, UMR TELEMMe).
Informations pratiques :
61ème COLLOQUE DE FANJEAUX
6 – 9 juillet 2026
sous la présidence de Cécile Caby, Sorbonne Université
Source : Cahiers de Fanjeaux
















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