La prédominance des sources écrites a contribué à laisser dans l’ombre les formes de communication non écrites à l’œuvre sur les chantiers de construction, aux époques anciennes et médiévales. Oralité, gestes, signes conventionnels, codes vestimentaires ou objets symboliques constituent pourtant des systèmes de transmission essentiels, longtemps considérés comme secondaires. Leur réévaluation comme langages à part entière, articulés à l’écrit, apparaît dès lors indispensable pour saisir pleinement les dynamiques sociales, techniques et organisationnelles du travail.
Ce cycle de 3 journées d’étude prend place dans la programmation du séminaire Atelier Operandi, d’Histoire et d’archéologie de la construction et du bâti, qui est organisé depuis 2019 à l’UMR 5136 Framespa de Toulouse, sous la coordination de Sandrine Victor. Depuis 2025, l’exploration du thème de l’oralité sur les chantiers associe à cette organisation du séminaire Philippe Bernardi (Lamop) et Virginie Mathé (Créteil).
Le cycle proposé se compose de 3 journées d’étude :
- le 04/12/26 à Toulouse
- le 05/02/27 à Toulouse
- le 27/04/27 à Créteil
Depuis les travaux fondateurs de l’école des Annales et le renouveau de la « Nouvelle Histoire », l’étude des sociétés passées a profondément évolué, intégrant les perspectives « par le bas » et les dimensions matérielles, culturelles et mentales des acteurs historiques. Dans ce sillage, l’histoire des chantiers de construction, longtemps centrée sur les monuments et les sources écrites, a connu un élargissement méthodologique majeur. L’archéologie, l’anthropologie historique et les approches croisées des sources ont permis de dépasser une vision strictement monumentale ou documentaire pour embrasser la diversité des expériences humaines liées au travail.
Pourtant, un angle mort persiste : celui de la communication non écrite sur les chantiers. Si l’écrit a structuré les recherches sur les techniques, l’économie et l’organisation sociale des artisans, il a aussi éclipsé les autres formes de transmission de l’information — l’oralité, les gestes, les signes conventionnels, les codes vestimentaires ou les objets symboliques. Ces systèmes multimodaux, souvent relégués au statut de « langues de substitution », méritent d’être réévalués comme des langages à part entière, se conjuguant à de l’écrit et essentiels à la compréhension des dynamiques de travail.
Ces 3 journées d’étude, organisées dans le cadre du séminaire Atelier Operandi du Framespa (UMR 5136), du LaMOP (UMR 8589) et du CRHEC (EA 4392), avec le soutien de l’Institut Universitaire de France, se proposent d’explorer les modalités de communication sur les chantiers, de l’Antiquité au Moyen Âge, en interrogeant :
- Les systèmes de signes non verbaux : gestes, signaux sonores, dessins, maquettes, ou encore les attributs matériels (bâtons, gants) comme marqueurs d’autorité ou de coordination.
- L’oralité et ses interactions avec l’écrit : comment les échanges oraux (ordres, négociations, transmissions de savoir-faire) s’articulent-ils avec les traces écrites ? Dans quelle mesure l’écrit fixe-t-il des accords minimaux, laissant à l’oral le soin de combler les implicites ?
- Les enjeux de traduction et de diglossie : comment les artisans, souvent mobiles et confrontés à des langues vernaculaires ou techniques, géraient-ils les barrières linguistiques avec les commanditaires ou les instances administratives ? Quels rôles jouaient les intermédiaires (maîtres d’œuvre, scribes) dans ces processus ?
- La mémoire collective et les savoir-faire : comment les compétences techniques et gestionnaires se transmettaient-elles, entre apprentissage pratique, littéracie limitée et stratégies de contournement des obstacles communicationnels ?
- Les lacunes documentaires et leurs interprétations : comment appréhender les silences des archives, les termes techniques obscurs ou les codes perdus ? Comment les historiens peuvent-ils mobiliser les méthodes de l’anthropologie ou de l’ethnologie pour décrypter ces « zones grises » ?
En croisant les approches disciplinaires (histoire, archéologie, philologie, anthropologie), cette journée vise à réhabiliter la diversité des langages du chantier et à interroger leur rôle dans l’organisation du travail, la résolution des conflits et la structuration des hiérarchies sociales. Elle invite à dépasser une vision téléologique de l’écrit comme « progrès » pour embrasser la complémentarité des modes d’expression — une « auralité » où l’oral, le gestuel et le symbolique coexistent avec les traces écrites.
Modalités de soumission
Les propositions de communication (titre + résumé de 300 mots maximum), accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique, sont à envoyer à sandrine.victor@univ-jfc.fr,
avant le 1er novembre 2026.
Les autrices et auteurs sont invités à préciser, dans leur soumission, la ou les date(s) de la journée qui leur conviendrait (-ent) le mieux. Nous essayerons, dans la mesure des propositions, de respecter les voeux exprimés.
Langue acceptée : français.
Durée des communications : 30 minutes (suivies d’un temps d’échange).
Coordination
- Sandrine Victor
- Philippe Bernardi
- Virginie Mathé
Source : Calenda















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