Appel à contribution – Réticences médiévales. IIe Journée d’étude médiévales de Sofia (JEMS 2026)

Cette deuxième édition de nos journées, qui aura lieu le 17 novembre 2026 et qui sera consacrée au thème de la réticence, se veut le prolongement et l’approfondissement en études médiévales, françaises et romanes, du colloque pour jeunes chercheurs « The unspoken and silence in language and literature », qui s’est tenu en novembre 2025 à l’Université de Sofia. Or notre journée s’adresse aussi bien aux jeunes chercheurs (étudiants, doctorants et jeunes docteurs) qu’aux chercheurs confirmés.

La réticence, et plus généralement le silence, est un sujet qui ne cesse d’inspirer des recherches, plus ou moins pointues, ces quelques dernières décennies. Certaines études, parmi les plus récentes, explorent plus précisément le domaine de l’art, qu’il s’agisse de celui du Moyen Âge (Debiais 2019), de celui de la Renaissance (Mounier 2025), ou bien encore de l’art contemporain visuel (Boutang et Pavec 2016). Il est aussi bien des ouvrages à visée plutôt théorique, que ce soit sous l’angle de la rhétorique (Glenn 2004) ou de l’anthropologie et des pratiques religieuses (Sbardella 2015), que des travaux que l’on pourrait qualifier d’études de cas, en particulier littéraires, que ce soit dans une perspective comparée ou pas (Louvel et Rannoux 2004 ; Boué 2009 ; la revue roumaine Language and Literature. European Landmarks of Identity 26-27/2020). L’Histoire du silence, de la Renaissance à nos jours d’Alain Corbin, parue en 2016, a fait date, en particulier par son florilège de citations littéraires et d’exemples en art illustrant et éclairant les conceptions du silence et de la sensibilité à travers les siècles. Non moins influent mais de nature toute différente est l’ouvrage collectif transséculaire La parole empêchée (James-Raoul, Forero Mendoza, Kuon et Magne 2017), qui réunit des études dans des domaines fort variés, s’intéressant toutes à la rhétorique et aux différentes valeurs du silence, et parmi lesquelles nous n’évoquerons ici que celle de James-Raoul, s’inspirant de sa thèse de doctorat, publiée en 1997 et ayant imposé la notion dans les études littéraires. Enfin, tout récemment, en janvier 2026, a paru un numéro thématique de la revue pluridisciplinaire Questes consacré au thème du silence au cours de la seule époque médiévale.

Nous nous proposons, pour notre part, de réunir des recherches ayant pour objet des faits, des phénomènes et des processus autour de la notion de réticence,dans toutes les acceptions du terme (d’où le pluriel dans l’intitulé), qui ont eu lieu au cours de la période du Moyen Âge dans l’espace gallo-roman en particulier, mais aussi, le cas échéant, dans toute l’aire romane, aussi bien en ce qui concerne la langue et les lettres que l’art, la culture, la philosophie et l’histoire. Plusieurs axes disciplinaires et thématiques en sciences humaines pourront être envisagés, dont les suivants, que nous privilégions sans pour autant exclure d’autres :

La réticence, au sens restreint du terme, comme figure de rhétorique au Moyen Âge

Emprunt savant (lat. reticentia, de reticere, taire, de re, et tacere), attesté dans le Dictionarium Latinogallicum de Robert Estienne (1552)[1], d’après le Dictionnaire de l’Académie de 1694, le mot « réticence » ne s’emploie pas en français au Moyen Âge, et les synonymes nominaux les plus proches que l’on trouve dans les textes en langue vernaculaire sont « silence », « taisance », « taciturnité » (ce dernier étant un emprunt savant plus que rare, avec ses 2 occurrences dans la BFM ; les deux premiers n’étant pas très usités non plus). En tant que procédé rhétorique, le phénomène est défini par Fontanier, en 1821, de la manière suivante :« La Réticence consiste à s’interrompre et à s’arrêter tout à coup dans le cours d’une phrase, pour faire entendre par le peu qu’on a dit, et avec le secours des circonstances, ce qu’on affecte de supprimer, et même souvent beaucoup au delà » (1968 : 116). Bernard Dupriez (1984 : 336) retiendra de cette définition le caractère volontaire de l’interruption de la phrase pour qualifier la réticence, de façon plus ou moins générale, de « pause expressive ».

Nous chercherons à définir et à répertorier les manifestations du phénomène de la réticence en tant que procédé de style dans les œuvres médiévales, que ce soit en complément ou bien en opposition à celles de toutes les autres figures microstructurales qui y sont apparentées, notamment l’aposiopèse et la prétérition en particulier, mais aussi l’interruption, le chiasme, l’ellipse, le zeugme, etc. (Dupriez 1984 ; Mazaleyrat et Molinié 1989 ; Molinié 1993). Les questions auxquelles nous aimerions répondre plus exactement à la suite de notre journée sont les suivantes :

  • il a déjà bien été montré par Christine Silvi que, dans les textes didactiques en langue vulgaire, « la rétention de parole, qui se veut l’expression d’un savoir réservé à certains, à plus tard ou à jamais, donne en fait tout pouvoir au clerc sur le langage et au maître sur l’élève » (Silvi 2011 : 154) ; dans quels autres genres et types de textes médiévaux trouve-t-on la figure si l’on se réfère à ses définitions et occurrences dans la littérature de l’Antiquité gréco-romaine (cf. Arbusow 1948, Lausberg 1949, Duteil-Mougel 2005) ?
  • qu’est-ce qu’elle y exprime plus précisément, en comparaison avec les autres figures rhétoriques où se manifeste en quelque sorte le silence ?
  • pourrait-on y appliquer des caractéristiques qui ne sont valables que dans le contexte des œuvres du Moyen Âge, vu leur spécificité syntaxique, stylistique, narrative (Zumthor 1953, 1971) ?
  • quel rôle pragmatique et énonciatif peut y avoir, le cas échéant, la ponctuation des manuscrits (Llamas Pombo 2016) ?
  • pourrait-on, enfin, contribuer ainsi à l’étude stylistique des textes médiévaux, qui prend de l’essor ces dernières années (James-Raoul 2022 ; Denoyelle et Sorba 2025) ?

La réticence du point de vue strictement linguistique

Du point de vue linguistique et énonciatif, nous considérons la réticence en tant que synonyme, plus ou moins pertinent, plus ou moins précis, de l’implicite, du sous-entendu (de l’insinuation, de l’allusion), du présupposé, du non-dit ou de l’omission. Ainsi, nous pourrions vérifier dans quelle mesure l’application des définitions et typologies proposées, commentées (Ducrot 1969, 1972, 1987 ; Kerbrat-Orecchioni 1982, 1986) et amplifiées (Simonin 2013) pourrait s’avérer possible et efficace pour les étapes anciennes de la langue afin de dresser, le cas échéant, un tableau affiné des occurrences dans le corpus médiéval, en fonction de notre compréhension, nécessairement partielle, des textes et des œuvres, ainsi que de tout leur contexte extralinguistique.

Aussi, dans une perspective sémantique et textuelle, des études sur les chaînes de référence en termes de jeu sur la (dis)continuité, comme dans les récits fabliesques (Pešek 2023, 2026), où l’on voit apparaître une certaine ambiguïté recherchée, trouveront bien leur place parmi les interventions à la journée d’études. La réticence à poursuivre le cours normal, conséquent, continu, logique de la chaîne de référence serait alors à envisager comme un procédé linguistique et narratif à part entière.

Enfin, suivant Marianne Lederer (2003), on pourrait prendre en considération le rôle du point de vue linguistique et discursif de l’implicite et du non-dit dans les textes médiévaux en vue de leurs traductions, qu’elles soient réalisées au Moyen Âge ou au cours d’une époque postérieure.

La réticence, au sens plus large du terme, comme attitude envers le monde, la vie, l’œuvre et le texte

En littérature française médiévale, les procédés de mise en avant des manifestations du silence et de la réticence peuvent être observés, comme le montrent quelques études récentes, aussi bien dans le comportement et le discours des personnages (Velinova 2025a, 2025b) que dans le discours du narrateur (Horváthy 2026).

En ce qui concerne le personnage des œuvres médiévales, on pourrait bien considérér comme une sorte de réticence face aux autres personnages l’expression de sa pensée lorsqu’elle est présentée comme tue, non prononcée, ou qu’elle est tout simplement cachée, étant proférée entre les dents ou à voix plus ou moins basse. Il peut s’y agir de la réticence du personnage à exprimer ses émotions et/ou ses pensées pour éviter le conflit immédiat (ce qui conduit au retardement de la narration et du développement du sujet), ou au contraire pour l’accélérer.

Quant au narrateur, il use souvent de formules telles que par exemple Que diroie ? ou Que vous diroie je ? (« Que dire (de plus) ? »), qui, déguisées en questions rhétoriques, mettent fin aux descriptions longues et détaillées pour les résumer ou bien les remplacent tout simplement (Velinova 2011), comme dans l’exemple suivant :

Ço est la fin de la parole :
ke vus en dirreie jo el ?
Sa vie esteit espirituel. (La Vie de saint Gilles, Guillaume de Berneville, v. 80-82, éd. F. Laurent, Paris, Honoré Champion, 2003)

S’agirait-il, en l’occurrence, d’une certaine réticence chez le narrateur à être trop long pour ne pas ennuyer le public ? Aussi pourrions-nous nous interroger sur les différents procédés usant de la réticence du point de vue narratologique et stylistique.

Dans d’autres cas, on peut observer une réticence, voire une véritable taciturnité, qui s’empare, à un autre niveau, beaucoup plus important, du sujet. Cette attitude est révélée, par exemple, par le nom même du personnage principal du Roman de Silence, ou dans le mode de vie choisi par saint Alexis d’après sa vie en ancien français du XIe siècle (Bibbee 2003). Dans le premier cas, il s’agit d’un silence ayant trait à l’identité sexuelle du personnage, le roman apparaissant comme une « allégorie complexe de la parole empêchée » (James-Raoul 2015), tandis que dans le second, on se trouve face à un silence à fondement religieux, notamment la pratique chrétienne du silence ; or, dans les deux cas, tout comme que dans le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, il s’agit avant tout d’une charge ontologique du silence et de la réticence (Bibbee 2003).

La réticence peut être envisagée aussi comme l’envers de la volubilité, qui essaye de tout dire sans pour autant y parvenir toujours, alors que la première apparaît, le cas échéant, par contraste, comme le procédé de loin plus éloquent et plus signifiant et qui complète et/ou met en valeur ce qui est exprimé par la parole.

Sur une échelle plus globale, nous pourrions nous interroger sur les thèmes et les problèmes dans les textes au sujet desquels l’homme médiéval se montre réticent, que ce soit en sa qualité d’auteur ou de narrateur ou encore de personnage (dans la mesure où ces trois instances se différencient, ce qui mériterait également par ailleurs d’être pris en considération).

Enfin, toute tentative d’établir une image anthropologique tant soit peu complète de la réticence et du silence médiévaux, à l’instar par exemple de celle de Le Breton (1997) pour la fin du XXe siècle, en fonction de l’attitude de l’homme à l’égard de tout ce qui l’entoure, serait la bienvenue. La référence incontournable, en l’occurrence, sera le livre de Vincent Debiais Le silence dans l’art médiéval (2019) ; or nous aimerions élargir, autant que possible, le champ de recherche au-delà du domaine de l’art, en étudiant par exemple, parmi tant d’autres, tous les aspects de la réticence, voire de l’hostilité, de l’Église à l’argent au cours des différentes étapes de la période médiévale (Le Goff 2018).

Modalités de soumission

Les propositions de communication, contenant un titre, un résumé de 400 mots et une brève bibliographie (5-10 références), sont à envoyer à l’adresse de l’organisatrice : m.velinova@uni-sofia.bg,

avant le 31 juillet 2026.

Le résumé doit indiquer clairement la problématique traitée et les objectifs visés, l’approche théorique et la méthodologie adoptées, les hypothèses de travail et/ou les conclusions et les résultats attendus.

L’auteur indiquera son affiliation et son statut dans le corps du message et joindra, dans un fichier à part, une notice biobibliographique (100-200 mots).

Les communications auront une durée de 20 minutes et seront suivies de 10 minutes de discussion.

La langue de la journée d’études est le français. Seront acceptées, à titre d’exception, des communications présentées en italien ou en espagnol.

Publication des communications

Les articles rédigés à la base des communications présentées à la journée d’études seront publiés, après évaluation par le comité scientifique, dans un numéro thématique de revue ou dans un volume d’actes.

Frais d’inscription

  • Tarif plein (enseignants-chercheurs) : 50 euros
  • Tarif réduit (doctorants) : 30 euros

Les étudiants seront dispensés de frais d’inscription.

Les frais couvriront les pauses café, le déjeuner, l’impression des programmes et livrets.

Calendrier

  • Date limite de soumission des propositions : le 31 juillet 2026
  • Réponse du comité scientifique : le 31 août 2026
  • Programme : le 1er octobre 2026
  • Inscription : le 15 octobre 2026
  • Journée d’études : le 17 novembre 2026

Conférencier invité

  • Ondřej Pešek (Professeur, PhDr., Institut d’études romanes, Université de Bohême du Sud, České Budĕjovice)

Comité scientifique

  • Alvise Andreose (Professore associato, Filologia e linguistica romanza, Università degli Studi di Udine)
  • Alessandro Benucci (MCF, Département d’Italien, Université Paris Nanterre)
  • Claude Buridant (Professeur émérite, LiLPA, Université de Strasbourg)
  • Daniéla Capin (MCF, HDR, LiLPA, Université de Strasbourg)
  • Vincent Debiais (Directeur de recherche, CNRS, EHESS, Centre de recherches historiques AHLoMA, Paris)
  • Vessela Guenova (Professeure, D.Sc., Département d’Études romanes, Université de Sofia)
  • Danièle James-Raoul (Professeure émérite, Plurielles : Langues, Littératures, Civilisations, Université Bordeaux Montaigne)
  • Elena Llamas Pombo (Profesora titular, Departamento de Filología Francesa & IEMYRhd, Universidad de Salamanca)
  • Olivier Soutet (Professeur émérite, STIH, Sorbonne Université, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres)

Organisatrice

  • Malinka Velinova (MCF, Département d’Études romanes, Université de Sofia)

Source : Calenda

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Publication – Jacques Bouineau, « Le Regard du droit. La politique et l’art à la Renaissance »

À la Renaissance, l’Europe est bouleversée par une nouvelle manière de concevoir l’art. L’esthétique devient prioritaire. Par la grâce des formes, la maniera met en évidence un monde en harmonie, dans lequel la recherche de la beauté conduit à une remise en cause de l’individu et, partant, de la société. Théorisée par Alberti, cette immersion dans l’oeuvre d’art ouvre la voie à une émotion intime, qui transcende les cadres juridiques. Cet individu qui s’immerge et se refonde dans l’espace public et familial par l’oeuvre d’art, est ici nommé egomet.

Parallèlement cependant survit naturellement la part qui, chez les individus, joue un rôle social. Elle devient toutefois un masque, une persona comme disaient les Anciens lorsqu’il s’agit du rôle joué dans l’espace public ; une personula ajoute l’auteur lorsque la scène se déroule dans l’espace privé.
Ces nouvelles réalités conduisent à l’évidence à s’interroger. En premier lieu sur la place qu’occupe le droit face à un individualisme qui trouve de plus en plus de voies pour se donner libre cours. Ensuite sur l’universalité du phénomène ou sa contingence.

Car cette mutation profonde se manifeste et se vit différemment selon la latitude. Si l’egomet peut se donner libre cours dans les pays du Sud, où le formalisme social demeure important, il reste discret au Nord, où l’on sépare simplement deux espaces : l’espace public et l’espace privé.
Mais surtout ces bouleversements suscitent en retour une violente opposition.

Agrégé des facultés de droit, docteur en histoire médiévale, lauréat de l’Institut et aujourd’hui professeur émérite, Jacques Bouineau a exercé en France dans plusieurs universités et aux Écoles de Coëtquidan-Saint-Cyr, mais aussi au Caire. Fondateur de Méditerranées, du CEIR, auteur de nombreux articles, plusieurs manuels ou traités, deux romans, il est également membre de plusieurs sociétés savantes.

Avant-propos
Abréviations
INTRODUCTION
PREMIÈRE PARTIE
Redéfinitions du pouvoir

CHAPITRE 1. POUVOIR RELIGIEUX
1. Apparat officiel
2. Imprégnation des consciences
CHAPITRE 2. POUVOIR POLITIQUE
1. Ordre royal
2. Ordre princier
DEUXIÈME PARTIE
Redéfinitions de l’individu

CHAPITRE 3. UNE SENSIBILITÉ HUMAINE.
1. Sensibilité
2. Egomet
CHAPITRE 4. UNE DIMENSION NOUVELLE
1. Éclosion de l’homme total
2. Disparition de l’homme total ?
CONCLUSION
Bibliographie
Index des noms propres
Index des oeuvres de l’esprit
Crédits photographiques

Informations pratiques :

Jacques Bouineau, Le regard du droit. La politique et l’art à la Renaissance, Paris, Les Belles Lettres, 2026 ; 1 vol., 370 p. ISBN : 978-2-25145-920-2. Prix : € 45,00.

Source : Les Belles Lettres

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Publication – Madeleine Jeay, « La fabrique du texte et du sens au Moyen Âge »

Le fil conducteur qui réunit les articles rassemblés par Madeleine Jeay dans cette collection est celui de la quête du sens à accorder aux textes dont ils traitent. La séduction qu’exercent sur leur lectrice les œuvres du Moyen Âge tient en effet en grande partie à la part d’énigme qu’elles recèlent et qui déjoue les systèmes d’interprétation qu’on peut leur appliquer. Ses travaux sur les Évangiles des quenouilles, une collection de croyances populaires dans le cadre boccacien de veillées de vieilles paysannes, ont ouvert sur le double questionnement qui n’a cessé d’être le sien : qu’est-ce qui fait sens, qu’est-ce qui fait texte ? Cette œuvre atypique conduit à s’interroger sur les limites de l’emprise du narrateur et à prendre acte de la polysémie inhérente à la multiplicité des registres et des discours présentés dans le récit-cadre. En tant que compilation d’énoncés, elle présente un caractère discontinu et énumératif qui a engagé Madeleine Jeay à s’intéresser à l’écriture par listes et à cet objet poétique singulier. Dans cet ensemble, celles qui sont consacrées aux noms d’auteurs et éventuellement à leurs mécènes, posent la question de cette mise en scène insistante de l’instance auctoriale, notamment dans le corpus lyrique. Une dernière facette des travaux de Madeleine Jeay porte sur le savoir des femmes mystiques, en particulier celui des femmes illettrées capables d’élaborer une forme de théologie vernaculaire personnelle grâce à des communautés de lecture et de discussion.

Madeleine Jeay est professeur émérite en littérature médiévale de l’Université McMaster (Hamilton, Canada).

Table des matières : ici

Informations pratiques :

Madeleine Jeay, La fabrique du texte et du sens au Moyen Âge, Paris, Honoré Champion, 2026 ; 1 vol., 482 p. (Essais sur le Moyen Äge, 81). ISBN : 978-2-74536-609-2. Prix : € 70,00.

Source : Honoré Champion

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Publication – »The Angevin World, 1154-1204. New Interpretations », éd. Stephen D Church, Laura Cleaver, Matthew Strickland

At the time of his death in 1189, the lands which Henry II had brought under his rule through inheritance, marriage, and military might stretched from Northumbria to Gascony, and across the Irish Sea. This vast agglomeration, often described in English as “the Angevin empire”, and in French as “l’espace Plantagenêt”, was a dominant force in the politics of western Europe until its fragmentation under John, beginning with the loss of Normandy to the French king Philip Augustus in 1204. Yet beyond the forceful personalities of its rulers, what – if anything – bound these wide and disparate lands together? To what extent were they interconnected politically, economically and culturally?

This multi-disciplinary volume brings together specialists in history, literature, material culture, art history, and manuscript studies to approach these questions from a range of different perspectives. From the cultural interactions of courts, to political thought and symbols of power, the diffusion of historical writing, and practical responses of the Angevins to the challenges of governing, whether in Aquitaine or in Ireland, and of waging war in expansion or defence of their territories, this book aims to provoke fresh thinking regarding how we understand the complex nature of the Angevin lands.

S. D. CHURCH is Professor of Medieval Studies at the University of Lincoln and Emeritus Professor of Medieval History at the University of East Anglia.

LAURA CLEAVER is Professor of Manuscript Studies at the Institute of English Studies, School of Advanced Study, University of London.

MATTHEW STRICKLAND is Professor of Medieval History at the University of Glasgow.

‘Introduction,’ by S. D. Church.
‘Armies of Empire? Military Interconnectivity in the Angevin Lands,’ by Matthew Strickland.
‘Practices of government: power and rule in the continental possessions of the Angevin Empire under the early Plantagenets,’ by Maité Billoré and Frederic Boutoulle.
‘Henry II’s networking on the continent,’ by Alheydis Plassmann.
‘The image and experience of Angevin power in Anjou before and after 1154,’ by Kathryn Dutton.
‘The Angevin Empire in Britain and Ireland,’ by Colin Veach.
‘Gerald of Wales on Imperial Clemency and Angevin Tyranny in De principis instructione,’ by Sigbjørn Olsen Sønnesyn.
‘Is it all about Empire? The Angevins through the Lens of Gift Giving,’ by Jitske Jasperse.
‘History Books in the Angevin World: Culture, Communication and Community,’ by Laura Cleaver.
‘The Sword in the Angevin Empire: Myth, Legend, Theology,’ by Martin Aurell.
‘Challenging “exceptionalism”: Re-assessing twelfth-century Angevin-Aragonese relationships,’ by Antonella Liuzzo Scorpo.
‘The Image of the Angevin Kings and the “History” of the Histories of England in the Spanish-Speaking World,’ by Bernardo Santano Moreno.

Informations pratiques :

The Angevin World, 1154-1204. New Interpretations, éd. Stephen D Church, Laura Cleaver, Matthew Strickland, Woodbridge, The Boydell Press, 2026 ; 1 vol., 362 p. ISBN : 978-1-83765-440-6. Prix : USD 130,00.

Source : Boydell and Brewer

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Appel à contribution – Penser le fabliau au prisme du numérique. Genre, transmission et variations

Le corpus Fabliaux, hébergé sur la Base de Français Médiéval[1], offre un accès libre et gratuit à 202 textes édités et traduits en français moderne. Cet ensemble narratif de plus de 55 000 octosyllabes est plus fourni que les répertoires antérieurs car il intègre tous les récits qui, depuis la fin du XIXe siècle et l’édition de Montaiglon et Raynaud, ont été considérés comme des fabliaux par au moins un spécialiste, ainsi que tous les contes à rire insérés dans une œuvre littéraire plus vaste – l’Isopet de Marie de France, les Fables Pierre Aufort, le Chastoiement d’un pere a son fils, le Roman de Renart le Contrefait. Ce corpus élargi permet de réinterroger les frontières du genre, les phénomènes de variation, les logiques de transmission et les thématiques traditionnellement associées aux fabliaux, par le biais des matériaux mis à la disposition des utilisateurs de la BFM (archives numériques, référentiels bibliographiques, notices…) et des outils en libre accès (lexique, index, concordancier, recherches sur l’ensemble des textes édités ou sur un sous-corpus sélectionné).

1 — Définir le fabliau : centralité, périphéries, frontières

Si de nombreux critiques ont remis en question la notion même de genre littéraire au Moyen Âge, les travaux de Patrick Moran ont renouvelé cette réflexion et ouvert des pistes d’analyse susceptibles d’être appliquées au genre fabliesque. On se demandera donc s’il existe des bornes catégorielles nettes du fabliau et s’il est possible d’identifier un noyau définitoire stable. Les critères traditionnels — métrique, brièveté, ruse, comique, autonomie littéraire — demeurent-ils opératoires ? Si l’on devait recourir à une échelle de centralité, quels textes occuperaient une position centrale ? Lesquels se situeraient à la périphérie et pour quelles raisons ? Quelle serait leur place par rapport au noyau central et comment penser ces textes hybrides ? Une fois les bornes catégorielles établies, quels contes du corpus Fabliaux de la BFM se situent indubitablement hors de la catégorie fabliesque, et pourquoi ? On pourra ainsi vérifier les hypothèses d’Isabelle Delage-Béland (2024) concernant le vocabulaire générique apparaissant dans les fabliaux et repenser la question de leurs frontières avec le dit, le lai, l’exemplum et le conte pieux[2]. Le corpus élargi proposé sur la BFM facilitera l’étude des cas limites plutôt que celle des seuls textes canoniques. Ces analyses mettront en lumière la manière dont les critères éditoriaux ont façonné notre perception du genre fabliesque et invisibilisé certains textes, pourtant majeurs.

2 — Les fabliaux et leurs manuscrits

Le corpus Fabliau de la BFM favorise une approche fine de la variance manuscrite et de la mouvance textuelle puisqu’il permet de visualiser, sur une même page, les différentes versions d’un même fabliau et le manuscrit qui les contient. À partir de juillet 2026, plus de soixante-dix témoins secondaires seront édités en ligne et la totalité d’entre eux sera accessible en juin 2027[3]. Il sera ainsi possible de reprendre et prolonger les travaux fondateurs menés par Jean Rychner (1960) afin d’observer comment un même fabliau se transforme d’un manuscrit à l’autre et quelles variantes affectent, par exemple, le comique, la représentation de la sexualité ou de la violence, les moralités, les noms propres ou les références sociales. On se demandera si ces différents témoins attestent l’existence de stratégies de normalisation ou de censure, si certains d’entre eux accentuent la dimension anticléricale, misogyne ou obscène des récits, et s’il existe des réécritures plus “bourgeoises” ou plus “aristocratiques” que d’autres. On s’interrogera également sur les phénomènes de contamination entre les textes et sur la notion même de « version » puisque, là où tel spécialiste reconnaît une version distincte d’un fabliau, tel autre ne verra qu’un témoin particulier d’une seule et même version.

Le corpus numérique de la BFM permet également d’afficher les différents fabliaux contenus dans un seul et même manuscrit. Dans le prolongement des travaux menés par Richard Trachsler (2010) ou Gabriele Giannini et Francis Gingras (2016), on se demandera si les notions de “recueils” s’appliquent aux collections de fabliaux et si des logiques d’organisation ou de regroupement y sont perceptibles. Un élargissement de la réflexion aux réseaux de voisinage littéraire est possible. Des études statistiques sur les contextes manuscrits pourraient ainsi s’avérer fécondes[4].

3 — Approches thématiques

Grâce à son ampleur inédite, le corpus Fabliaux permet de jeter un éclairage nouveau sur des questions déjà abordées par la critique, car il facilite les recherches sur les réseaux lexicaux, les structures narratives, les motifs récurrents ou encore les personnages. On s’interrogera par exemple, à la suite d’Alain Corbellari (2015), sur le matérialisme des fabliaux en étudiant la représentation du corps et de ses besoins, la place occupée par l’argent, le rapport entre matérialisme et rire, ou encore les liens entre langage et corporéité, afin de déterminer si le fabliau propose une anthropologie spécifique. Les formes, les fonctions et les limites du rire demeurent une question centrale, indissociable de celle du genre fabliesque lui-même. On peut ainsi se demander si certains textes méconnus de Gautier Le Leu n’auraient pas été exclus des répertoires de fabliaux parce que leur auteur privilégie un rire cruel, obscène et subversif. La représentation du féminin et du masculin constitue un autre axe incontournable. Comment les femmes et les corps féminins sont-ils mis en scène ? Comment penser aujourd’hui tel texte profondément misogyne ou tel autre évoquant des violences sexuelles ? Des analyses textométriques permettraient de mesurer la place réelle occupée par ce type de fabliaux dans l’ensemble du corpus.

4 — Circulation européenne et comparatisme

Le corpus Fabliaux de la BFM invite enfin à renouveler l’approche comparatiste en confrontant les contes à rire français à leurs homologues allemands, italiens, anglais ou néerlandais[5]. On pourra s’intéresser aux traductions ou adaptations européennes, qui témoignent d’une circulation dont il conviendra d’interroger la nature et les modalités. On cherchera à savoir si les personnages, les structures narratives, les thèmes, les motifs, les valeurs mises en jeu ou la nature même du rire demeurent identiques d’un espace culturel à l’autre. Décèle-t-on des invariants malgré les différences linguistiques ? La circulation d’un fabliau hors des frontières du royaume de France implique-t-elle nécessairement des transformations ? Ces analyses pourraient révéler quels aspects du comique étaient universellement compréhensibles au Moyen Âge et lesquels exigeaient des modifications pour être reçus par un nouveau public. Existait-il un rire typiquement français, allemand, anglais ou néerlandais, ou le rire constituait-il une expérience largement partagée, transcendant les frontières ?

Les propositions de communication relèveront donc aussi bien de l’analyse littéraire, de la philologie, de la codicologie, de l’analyse du discours, des études de genre, de l’histoire culturelle que des humanités numériques. En réunissant des approches méthodologiques diverses autour d’un corpus renouvelé, ce colloque entend favoriser une réflexion collective sur les modes de définition, de transmission et de réception du fabliau, ainsi que sur la place qu’occupe aujourd’hui ce genre dans les études médiévales.

Modalités de soumission

Il sera possible de présenter les communications en français ou en anglais.

Les propositions de communications, sous la forme d’un titre suivi d’un résumé d’une demi-page environ, seront envoyées à corinne.pierreville@univ-lyon3.fr

avant le 31 décembre 2026.

Les réponses seront transmises au début du mois février 2027 au plus tard.

Comité scientifique

  • Laura Bonanno – laura.bonanno@unito.it
  • Alain Corbellari – alain.corbellari@unil.ch
  • Jean-Marie Fritz – jean-marie.fritz@u-bourgogne.fr
  • Francis Gingras –  f.gingras@umontreal.ca
  • Corinne Pierreville –  corinne.pierreville@univ-lyon3.fr
  • Richard Trachsler –  richard.trachsler@uzh.ch

Source : Calenda

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Appel à contribution – Insular Encounters in Early Medieval Europe

Call for papers for the international conference ‘Irish encounters and Insular influences in the Lake Constance region and beyond – Adoptions, Adaptions, Rejections’ which will be held in Zürich from 3–6 March 2027

Between May and October of last year, the exhibition Words on the Wave: Ireland and St. Gallen in Early Medieval Europe was on display in the National Museum of Ireland, Dublin. The Stiftsbibliothek of St Gall in Switzerland owns 17 early medieval Irish manuscripts and fragments, which were brought to Ireland and there paired with some 100 early medieval artefacts of the National Museum of Ireland. The exhibition was opened by the presidents of both Ireland and Switzerland, and captured the imagination of the entire country. It proved such a success that it was decided to design a comparable exhibition at the Swiss National Museum in Zurich, where St Gall manuscripts will be paired with artefacts from the National Museum of Ireland. It will be on display in between 22 January and 23 May 2027.

To mark this occasion, an international conference will be held in Zürich, 3–6 March 2027 under the theme of ‘Irish encounters and Insular influences in the Lake Constance region and beyond – Adoptions, Adaptions, Rejections’. The question of Irish and Insular intellectual influence in early medieval Europe is a much-debated topic for at least the past 150, from Heinrich Zimmer’s 1891 The Irish Element in Mediaeval Culture to Sven Meeder’s recent The Irish Scholarly Presence at St. Gall: Networks of Knowledge in the Early Middle Ages. As Meeder’s book shows, the Lake Constance region holds a central place in this debate. The conference aims at understanding better the Irish experience and its reception in this region, but also of Insular intellectual and artistic influence — or its rejection — in early medieval Continental Europe more broadly. We particularly invite papers on all aspects that deal with the question of the reception of Insular culture in this region and beyond, through adoption or adaption of Irish / Insular practices, or demonstrable rejection thereof. The call is open to all relevant disciplines, including history, art history, philosophy, theology, philology, linguistics, and others. Please send your proposal by 15 July 2026 to iwarntje@tcd.ie

Source : H-Soz-Kult

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Publication – Ps. Macarius / Symeon, « Lettre de Macaire sur la gloire des saints », éd. Ugo Zanetti, Martina Ambu

Après le volume PO 258 (59.3), voici le second et dernier fascicule de la Lettre de Macaire sur la gloire des saints (CPG II/1 2415.6), avec la recension « macariote », conservée en arabe et en éthiopien, ainsi que trois annexes destinées à la comparaison du texte des diverses versions. De celles-ci (grec, géorgien et arabe pour la recension sinaïtique, publiée dans PO 258, ainsi qu’arabe et éthiopien pour la recension macariote, imprimée ici), les deux premières annexes donnent la comparaison chiffrée, d’après le numéro des versets, et mettent en évidence les regroupements. La troisième annexe, elle, fournit en quatre colonnes et en traduction française, une synopse entre toutes ces versions, verset par verset et en faisant ressortir le parallèle à la fois par la disposition typographique et par des couleurs. On espère avoir ainsi fourni au lecteur intéressé un instrument de travail commode pour l’étude de la spiritualité monastique, en particulier celle de la littérature spirituelle « macarienne ».

Introduction
I. La recension macariote (M)
1. Les manuscrits
2. Édition du texte de : observations philologiques

II. La recension éthiopienne (E)
1. Le manuscrit
2. Édition du texte : observations philologiques

Bibliographie

Éditions et traductions
Texte arabe macariote (M) et recension éthiopienne (E), édition en parallèle, apparat critique, traduction

Annexes

Informations pratiques :

Ps. Macarius / Symeon, Lettre de Macaire sur la gloire des saints, éd. Ugo Zanetti, Martina Ambu, Turnhout, Brepols, 2026 ; 1 vol., 169 p. (Patrologia Orientalis, 260). ISBN : 978-2-503-62346-7. Prix : € 80,00.

Source : Brepols

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Appel à contribution – Des archétypes sociaux au Moyen Âge. 2e Journées d’étude du Projet ANR SocioMA (Pour une sociologie médiévale)

La deuxième rencontre du projet SocioMA se propose de rouvrir le chantier initié en 1973 par J. Batany, Ph. Contamine, B. Guenée et J. Le Goff sous le titre « Plan pour l’étude historique du vocabulaire social de l’Occident médiéval ». Plus d’un demi-siècle après cet appel, il convient de reconnaître que l’état de l’historiographie en la matière est dans le meilleur des cas dispersé, dans le pire disparate. En posant la question des archétypes sociaux, il ne sera pas toutefois question de se limiter aux seules perspectives lexicographiques, mais bien d’interroger la production des nomenclatures sociales comme un fait social et historique total, indissociable de ses contextes chronologiques, géographiques et documentaires, et ceci à toutes les échelles du jeu social.

Les premières journées d’étude du projet SOCIOMA, qui se sont tenues à Oxford les 11 et 12 décembre 2025, ont permis d’interroger les ressorts de la pensée catégorielle telle qu’appliquée à la société médiévale : quels sont les mécanismes ou procédés intellectuels mobilisés par les acteurs sociaux pour définir, circonscrire et nommer les catégories sociales ? Cette première réflexion collective a permis de mettre en évidence certaines des formes d’un outillage mental mobilisé par les acteurs pour produire des distinctions, des taxinomies ou des hiérarchies : répertoires analogiques, division des arts et des sciences, organisations et répartitions spatiales, catégories morales et théologiques, division des tâches productives, etc. Ces différents outils de la pensée catégorielle sont mobilisés tour à tour ou conjointement pour opérer des distinctions sociales, identifier et nommer des groupes, et finalement esquisser une première sociologie médiévale.

Dans le prolongement des jalons ainsi posés, la deuxième journée d’étude sera consacrée aux archétypes sociaux qui émergent et structurent le paysage sociologique médiéval. Suivant les logiques de « la fabrication pratique » des classifications sociales, les archétypes sociaux peuvent être entendus comme des idéal-types (M. Weber) ou des « points saillants » [Boltanski et Thévenot, 2015], permettant l’appréhension d’un espace social diversifié et polarisé. Dans une perspective de sociologie des interactions, ces « points saillants » sont en effet des positions ou des professions qui sont aisément identifiables car elles ont fait ou font l’objet d’un « travail social de représentation » : leur existence est communément admise du fait d’un discours social qui s’est appliqué à les promouvoir. Dès lors, le processus de catégorisation et de désignation de ces catégories (nomenclatures, taxinomies) fonctionne non pas par distribution mais par « assimilation aux points saillants », à partir de critères variables (âge, sexe, lieu de vie, études et diplômes, rémunération, pratiques culturelles, etc.) et de positions plus ou moins éloignées à ceux-ci dans l’espace social, dessinant les frontières mal définies entre chaque catégorie. En cela, la formation des archétypes sociaux relève d’un double processus d’objectivation sociale, par la promotion d’idéal-types et leur désignation par un vocabulaire dédié qui se diffuse. Ce double processus sera au cœur des préoccupations de ces journées d’étude.

Les sociologues spécialistes des nomenclatures socio-professionnelles ont souligné de longue date l’influence de l’organisation sociale d’Ancien Régime en métiers dans les nomenclatures modernes : « L’organisation en “métiers” est importante car elle façonne une vision du monde social qui constituera toujours un arrière-plan par rapport auquel les découpages suivants se situeront, explicitement ou non », pouvaient ainsi écrire Alain Desrosières et Laurent Thévenot [Desrosières et Thévenot, 2002, p. 9]. Ainsi, avant même la grande compilation élaborée vers 1268 à la demande du prévôt de Paris, Étienne Boileau (Livres des métiers), recensant quelques 100 métiers différents et leur législation [Bourlet, 2015], la nomenclature des métiers de Paris avait pu inspirer, dès 1220-1230, le grammairien Jean de Garlande dans un exercice lexicographique (Dictionnarius) distinguant et nommant 53 métiers distincts [Lachaud, 2006]. Si les législations urbaines eurent un rôle fondamental dans la promotion d’une nomenclature socio-professionnelles dès la période médiévale, elles ne sont pas les seules à avoir été gagnées par cette entreprise de catégorisation qui anima la société chrétienne latine au tournant des XIIe et XIIIe siècles.

Dans leur entreprise pastorale, les clercs furent également des contributeurs décisifs à la « fabrication pratique » des classifications sociales, recourant à une diversité de critères ayant valeur performative : âge, sexe, condition cléricale, profession, etc. Le développement des sermons ad status, par exemple, traduisait l’avènement de cette pensée catégorielle chez les théologiens, adaptée aux logiques peccamineuses et à leurs desseins moraux. Tandis qu’Honorius Augustodunensis distinguait huit « états » d’auditeurs, au milieu du XIIe siècle, le prédicateur Jacques de Vitry, à la fin des années 1220, distinguait dans ses sermones vulgares 31 catégories d’auditeurs, explicitement établies en fonction de leurs « offices » (officia) et de leurs mœurs. Quant au dominicain Humbert de Roman, il entendait s’adresser à « tous les genres d’hommes » en distinguant, dans son De eruditione praedicatorum (v. 1270-1274), une centaine de catégories forgées à partir de « toute la diversité des besognes » (in omni diversitate negotiorum) observables. Ces nombreuses catégories relevaient de l’usage de critères variés, comme le sexe, l’âge, la noblesse, l’état marital, l’état de richesse ou de pauvreté, l’état sanitaire (infirmes, malades), l’état moral (bon, mal) et les états d’âmes (joie, tristesse), les études suivies (disciplines), le niveau de compétences intellectuelles, l’état d’élévation dans la hiérarchie sociale (potentes, magnates, maiores), le cadre de vie (ville, bourg, campagne), les fonctions ou grade dans l’Église, l’appartenance à un ordre religieux ou monastique, ou enfin – mais dans une moindre mesure – la catégorie professionnelle [Bériou, 1998 ; Muessig, 2002 ; Destemberg, 2025].

La pastorale semble avoir eu une importance décisive dans la diffusion de cette pensée catégorielle. Dans les manuels et sommes de confesseurs, elle rejoint les enjeux d’une casuistique juridique et tend à définir des groupes et catégories en fonction d’un profil peccamineux spécifique [Michaud-Quantin, 1962 ; Le Goff, 1964 ; Tentler, 1974]. Son influence, gagne également une littérature morale qui se diffuse au-delà du cercle clérical. Ainsi, dans son jeu d’échecs moralisés (Liber de moribus hominum vel officiis nobilium, v. 1259-1273), le dominicain génois Jacques de Cessoles usait de la métaphore de l’échiquier pour proposer un cadre figuratif à l’ordonnancement catégoriel de la société, consistant à attribuer à un groupe social défini par son « office » une case dans le jeu social [Mehl, 1999 ; Destemberg, 2025]. Traduit en français au milieu du XIVe siècle par Jean de Vignay et Jean Ferron, les pièces populaires de cet échiquier social adoptent la figure des officiers de ville, des métiers de la marchandise ou de la construction, ou encore des maîtres de l’université, se déclinant en 42 archétypes sociaux ordonnés en 8 catégories.

Aux XIVe et XVe siècles, se diffuse une littérature des « états » dont Les Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer sont l’un des plus célèbres représentants, et dans lesquels l’auteur distingue quelques 29 pèlerins aux profils variés [Mann, 1973]. Se déclinant également sous la forme des danses macabres et leur traduction iconographique, elle tend à fixer dans l’espace public une approche catégorielle sous la forme d’une fresque sociale [Batany, 1984], recensant pas moins de 41 profils sociaux dans celle du cimetière parisien des Innocents, ou 36 catégories distinctes dans son adaptation féminine. Ces dernières traduisent l’existence d’une forme de sémiotique sociale, qui trouve assurément l’une de ses expressions les plus abouties dans les premières ordonnances somptuaires qui, à la fin du Moyen Âge, apparaissent comme une tentative saisissante d’objectivation vestimentaire de l’ordre social et de mise en conformité de la représentation sociale avec les « états » [Bulst, 1997].

C’est de cette dynamique et ses différentes manifestations que la deuxième rencontre du projet SocioMA souhaite rendre compte, en se proposant de rouvrir le chantier initié en 1973 par J. Batany, Ph. Contamine, B. Guenée et J. Le Goff sous le titre « Plan pour l’étude historique du vocabulaire social de l’Occident médiéval » [Batany et alii, 1973]. Plus d’un demi-siècle après cet appel, il convient de reconnaître que l’état de l’historiographie en la matière est dans le meilleur des cas dispersé, dans le pire disparate [Ceruti, 1995 ; Judde de Larivière, 2010]. En posant la question des archétypes sociaux, il ne sera pas toutefois question de se limiter aux seules perspectives lexicographiques, mais bien d’interroger la production des nomenclatures sociales comme un fait social et historique total, indissociable de ses contextes chronologiques, géographiques et documentaires, et ceci à toutes les échelles du jeu social. On pourra, par exemple, s’appliquer à reconstituer quelques archétypes sociaux tels que les médiévaux les concevaient, y compris par une approche monographique de certains types – tels « le mendiant », « le marchand », « le maître », etc. – en renouvelant ainsi l’approche qui avait été celle de Jacques Le Goff dans la volume collectif de 1989. Dans cette perspective, les participants seront invités à se saisir d’un ou plusieurs des trois groupes de questions suivantes :

  1. Quels contextes et supports documentaires voient la promotion de ces types sociaux ? Quels vocabulaires sont mobilisés pour les identifier, tant en latin qu’en langues vernaculaires ? Quelle est la place des taxinomies féminines ?
  2. Quels sont les critères adoptés pour les définir et quelle fluidité entre ces catégories idéal-typiques ? Existe-t-il une iconographie, voire une sémiotique sociale, qui objectivent ces critères et promeuvent visuellement ces catégories en leur conférant des attributs spécifiques ?
  3. En quoi ces archétypes participent d’une lecture hiérarchique de l’ordre social ou, au contraire, témoignent d’un idéal d’harmonie ? Participent-ils d’une distribution du monde social alternant inclusion ou exclusion, et définissent-ils de fait un périmètre de la légitimité ou de l’illégitimité sociales ?

L’espace géographique couvert par les interventions sera l’Occident latin, entendu principalement comme les espaces correspondant à la France, l’Italie, la péninsule Ibérique, l’espace germanique et les îles britanniques.

Modalités de soumission

Les communications d’une durée de 30 minutes pourront être présentées en français ou en anglais. Les propositions devront être adressées à aude-marie.certin@uha.fr et antoine.destemberg@univ-artois.fr,

avant le 10 juillet 2026.

Informations utiles

Ces journées d’études se dérouleront les 10 et 11 décembre 2026, sur la Campus Fonderie de l’Université de Haute-Alsace (Mulhouse).

Les frais de déplacement, de logement et de restauration seront pris en charge par l’organisation.

Comité d’organisation

  • Aude-Marie Certin (Université de Haute-Alsace / Cresat)
  • Joël Chandelier (Université de Lausanne)
  • Antoine Destemberg (Université d’Artois / CREHS – Maison française d’Oxford)
  • Arnaud Fossier (Université de Bourgogne / LIR3s)
  • Carole Mabboux (Université Paris 8 Vincennes–Saint-Denis / MéMo)
  • Sandrine Victor (Institut Universitaire Champollion / Framespa)

Source : Calenda

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Publication – Laura Cleaver, « Britain and the International Medieval Manuscript Trade, 1896–1945 »

Most medieval manuscripts are now held in specialist libraries, but a century ago there was a flourishing international trade in such books, with London at its centre. The first half of the twentieth century saw new record auction prices and many manuscripts leaving Europe for the USA, but also periods of economic depression and social and political upheaval in which both the economic and cultural values assigned to manuscripts were reassessed. The trade in this period determined the physical destination of many manuscripts, and helped set the direction of scholarship. This book examines the trade in hand-written books produced before ca. 1500 and its impact, from the death of the designer, socialist, and manuscript collector William Morris in 1896 to the Second World War.

Laura Cleaver is Professor of Manuscript Studies at the Institute of English Studies, School of Advanced Study, University of London.

List of Illustrations

Acknowledgements

Abbreviations

Introduction

Chapter 1. Death Duties, 1896–1902

Chapter 2. Behind the Scenes at Museums, 1900–1904

Chapter 3. Mythologies, 1904–1908

Chapter 4. American Dreams, 1908–1914

Chapter 5. The Great War for Civilization, 1914–1918

Chapter 6. A Roaring Trade? 1919–1929

Chapter 7. Fall and Decline, 1929–1936

Chapter 8. Manuscripts and Monuments, 1936–1945

Conclusion

Bibliography

Index of Medieval Manuscripts

General Index

Informations pratiques :

Laura Cleaver, Britain and the International Medieval Manuscript Trade, 1896–1945, Leeds, ARC Humanities Press, 2026 ; 1 vol., 356 p. (Book Cultures, Medieval to Modern). ISBN : 978-1-80270-324-5. Prix : GBP 158,00.

Source : ARC Humanities Press

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Prix – Prix Alma des jeunes chercheur·euses 2026

POUR LES MASTERANT.ES MÉDIÉVISTES EN HISTOIRE, PHILOSOPHIE, LITTÉRATURE OU PHILOLOGIE MEDIEVALES

LA LAURÉATE OU LE LAURÉAT RECEVRA CINQ-CENTS EUROS & UNE AIDE FINANCIERE ET LOGISTIQUE EN VUE DE LA PUBLICATION DE SON TRAVAIL

ENVOI DES DOSSIERS DE CANDITATURES AVANT LE 20 JUILLET 2026

POUR L’ENVOI DES DOSSIERS ET TOUT RENSEIGNEMENT, NOUS CONTACTER : contact@alma-recherche.fr

Modalités

Créé en 2022, le Prix Alma des Jeunes Chercheur.euses a pour objectif de récompenser les travaux innovants d’étudiants et d’étudiantes en histoire, littérature, philosophie ou philologie médiévales. Pour concourir, il faut être titulaire d’au moins un M1 ou d’un master, avoir moins de trente ans et ne pas être titulaire d’un doctorat.

Il faut également être membre d’Alma-Recherche (inscription sur notre site : http://www.alma-recherche.com). Le lauréat ou la lauréate du prix Alma des Jeunes Chercheur.euses recevra une aide à la publication de son ouvre et recevra une récompense de : Cinq-cents euros

Participer au Prix permet également aux mastérants et mastérantes d’intégrer une communauté de jeunes chercheurs et de faire connaître leur travail à un jury de spécialistes. Ils pourront également être amenés à participer à des évènements scientifiques organisés par l’association ou certains membres du jury.

Pour participer au Prix Alma des Jeunes Chercheur.euses, il suffit d’être membre et d’envoyer son dossier comprenant :

➢ Un résumé du mémoire (en cours de rédaction ou rédigé l’année précédente, 1 pages maximum, police 12, interligne 1.5, Times New Roman),

➢ Une lettre de recommandation du directeur ou de la directrice de recherche,

➢ Un certificat d’adhésion à l’association Alma-Recherche,

➢ Un formulaire de candidature (téléchargeable sur notre site : via ce lien ou dans l’onglet « prix » en cliquant sur le bouton « télécharger le dossier de candidature.)

➢ Un chapitre du mémoire.

Le dossier doit être envoyé en un seul document pdf fusionné à l’adresse suivante, avant le 20 JUILLET 2026.

contact@alma-recherche.fr

Si votre dossier est retenu, il vous sera demandé d’envoyer votre mémoire anonymisé et vierge de toute référence à votre université de rattachement. Tout écart à cette règle est éliminatoire. Les mémoires retenus sont envoyés aux membres du jury dont la liste figure ci-dessous, à la fin du mois d’Août. Les résultats du prix sont publiés dans le courant de la première semaine de janvier.

Composition du jury du Prix Alma 2026

M. Richard Matthew Pollard, Président, Professeur d’Histoire médiévale (UQÀM, Montréal, Québec)

Mme Michèle Gally, Professeure de Littérature médiévale et « médiévalisme, (Aix-Marseille Université, Aix-en-Provence)

M. Christian Trottmann, Directeur de Recherche émérite en Philosophie médiévale, (CNRS, CESR, Université de Tours)

M. Sébastien Rossignol, Associate Professor en Histoire médiévale, (Memorial University, St Johns, Newfoundland-Labrador)

M. Patrick Moran, Associate Professor en Littérature médiévale, (Univesity of British Columbia, Vancouver, British Columbia)

M. Jean Claude Mühlethaler, Professeur Honoraire en littérature médiévale, (Université de Lausanne, Lausanne)

Mme Marie Groult, Maîtresse de Conférence en histoire médiévale, (Université de Rouen-Normandie, Rouen)

Mme Julie Brumberg-Chaumont, Directrice de Recherche en Philosophie médiévale (CNRS, Paris)

Mme Sophie Serra, Post-doctorante en Philosophie médiévale (Université de Lund, CNRS)

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