COLLOQUE INTERNATIONAL
COLLÈGE DES BERNARDINS, SORBONNE, 27-28 NOVEMBRE 2026
Marie Dejoux (Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, LAMOP – UMR 8589)
Clément de Vasselot de Régné (Institut catholique de Rennes, CESCM – UMR 7302)
Le 8 novembre 1226, Louis VIII mourrait brutalement, probablement emporté par la dysenterie. Trois semaines plus tard, le 29 novembre, son jeune fils Louis IX, âgé de 12 ans, était sacré dans la cathédrale de Reims. Les commémorations de ce sacre ont attiré la lumière en 2026, laissant quelque peu dans l’ombre ce qui fit véritablement événement huit cents ans plus tôt. Pour la première fois de l’histoire capétienne, l’exercice du pouvoir était clairement confié à une femme, Blanche de Castille, veuve du défunt Louis VIII et mère du nouveau roi, au titre de la tutelle qu’elle avait obtenu sur ce dernier.
Les témoignages contemporains soulignent son influence politique, qui se prolonge au-delà de la majorité de son fils. La date à laquelle Louis IX assume pleinement le gouvernement est ainsi toujours sujette à débat. Est-ce en 1234, au moment de sa majorité ? En 1245, lorsqu’il décide de prendre la croix en dépit des réticences de sa mère ? En 1252, lorsque la mort de Blanche met définitivement fin à son rôle politique en même temps qu’à sa seconde régence ?
Au regard de la place exceptionnelle occupée, pendant près d’un quart de siècle, à l’échelle de la chrétienté latine, par cette femme de pouvoir, l’anniversaire du début de sa « régence » nous a semblé une bonne occasion pour mettre en lumière les avancées historiographiques récentes sur Blanche de Castille.
Ce colloque entend ainsi mettre en lumière son gouvernement – de l’échelle de son domaine personnel à celle de la chrétienté latine – et sa trajectoire, depuis ses origines castillanes à son dernier repos dans les abbayes de Maubuisson et du Lys, voire jusqu’à nos jours.
Presentation
On 8 November 1226, Louis VIII died suddenly, probably from dysentery. Three weeks later, on 29 November, his young son Louis IX, aged 12, was consecrated in Reims Cathedral. The commemorations of this consecration drew attention in 2026, somewhat overshadowing what had truly been the defining event eight hundred years earlier. For the first time in Capetian history, the exercise of power was clearly entrusted to a woman, Blanche of Castile, widow of the late Louis VIII and mother of the new king, by virtue of the guardianship she had secured over him.
Contemporary accounts highlight his political influence, which persisted beyond his son’s coming of age. The date on which Louis IX fully assumed control of the government is therefore still a matter of debate. Was it in 1234, when he came of age? In 1245, when he decided to take up the cross despite his mother’s reluctance? Or in 1252, when Blanche’s death brought her political role to a definitive end, along with her second regency?
Given the exceptional position held by this powerful woman within Latin Christendom for nearly a quarter of a century, the anniversary of the start of her ‘regency’ seemed to us a fitting occasion to highlight recent advances in the historiography of Blanche of Castile.
This conference therefore aims to shed light on his reign – from the scale of his personal domain to that of Latin Christendom – and his life’s journey, from his Castilian origins to his final resting place in the abbeys of Maubuisson and Le Lys, and indeed right up to the present day.
Argumentaire
La « régence » de Blanche de Castille a longtemps été présentée, dans l’historiographie savante comme dans le « roman national » comme un simple prélude au règne de son fils, dont la grandeur aurait été préparée et amplifiée par l’exceptionnalité de sa mère. Les avancées historiographiques des dernières décennies ont largement déplacé ces questions. Les Queenship studies ont mis l’accent sur les modalités du gouvernement au féminin et sur les conditions d’effectivité de l’autorité féminine plutôt que sur une supposée exceptionnalité individuelle (Duggan, 1997 ; Earenfight, 2013 ; Gaude-Ferragu, 2014 ; cf. le cours « Mâle royaume » actuellement dispensé au Collège de France par Patrick Boucheron ou encore le congrès de la SHMESP 2026, « Des femmes ‘puissantes’ ? Les modalités de l’action féminine au Moyen Âge »). Les biographies récentes de Blanche de Castille (Grant, 2016 ; Gaude-Ferragu, 2025), dans la même dynamique historiographique que celles consacrées à d’autres reines médiévales, ont souligné la singularité de son action, la prenant comme un objet historique à part entière. Pendant ce temps, d’autres travaux ont attiré l’attention sur les nombreuses autres femmes qui exercent un pouvoir dans la France du xiiie siècle, à l’instar de Blanche, mais dans son ombre (Vasselot de Régné, 2026). Parallèlement, l’essor des travaux sur la gouvernementalité capétienne a mis en lumière les dispositifs concrets de gouvernement – production écrite, actes, comptabilité, sceaux, réseaux – (Nielen, 2011 ; Dejoux, 2014, 2024, 2025 ; Grant, 2018), permettant de resituer l’action de Blanche de Castille en leur cœur.
La réginalité de Blanche de Castille
La trajectoire politique de Blanche de Castille – entre son statut de reine, puis de reine douairière, ainsi que ses deux régences –, pose la question des continuités et des ruptures dans son action politique. Elle appelle à l’établissement d’une chronologie fine afin d’identifier les moments où l’exercice du pouvoir se reconfigure. Il s’agit de se demander quand et comment la reine et le roi – Blanche et Louis IX – gouvernent. Dans ces différentes temporalités, agissent-ils principalement comme des figures morales supervisant une administration, ou comme des acteurs de relations politiques ? Quelles recompositions peut-on observer au fur et à mesure des années ? Existe-t-il des différences entre les modes de gouvernement de Blanche pendant ses deux régences ?
Ces interrogations conduisent à s’intéresser à la « réginalité », c’est-à-dire à toutes les formes mobilisées par les reines médiévales pour exercer le pouvoir : mécénat artistique, fondations pieuses, élaboration des normes, structuration et mobilisation de l’entourage, intercession politique et diplomatique. La capacité à gouverner se lit dans l’écrit (actes, formules, souscriptions) et se matérialise dans les dispositifs de validation (sceaux, contre-sceaux, matrices, pratiques de scellement), comme l’a souligné récemment le colloque « Gratia Dei regina ». Actes écrits et mécénat des femmes de pouvoir (xiii-xvie s.) (Université Sorbonne Paris Nord, 2024). La piété de Blanche est au croisement de la spiritualité et de la réginalité. La première structure la seconde par des réseaux, des fondations, des programmes iconographiques et architecturaux, des donations et des dispositifs de mémoire liturgique (Gajewski, 2012, Pellón Gómez-Calcerrada, 2013).
Blanche de Castille en contexte européen
Blanche de Castille s’inscrit pleinement dans l’espace politique de la chrétienté latine. Fille d’Alphonse VIII de Castille, petite-fille d’Aliénor d’Aquitaine et épouse de Louis VIII de France, elle incarne la convergence des lignages royaux ibériques, capétien et anglo-angevin.
Fille du roi vainqueur des Almohades à Las Navas de Tolosa, en 1212, Blanche apporte dans la famille royale capétienne l’héritage d’une dynastie qui s’est forgée dans ce que l’on a appelé a posteriori la « Reconquista ». Sa grand-mère, Aliénor d’Aquitaine a contribué, par l’héritage anglo-angevin qu’elle lui a transmis, à fonder les prétentions de Louis VIII à la couronne d’Angleterre lors de l’expédition de 1216-1217. Mais elle a également pu constituer pour Blanche un modèle – ou un contre-modèle – de « réginalité ». Son degré d’influence doit encore être précisément évalué.
Blanche s’appuie sur des relais en Péninsule Ibérique, notamment à travers des liens dynastiques et religieux. Le pouvoir dont elle dispose lui permet de favoriser des membres de sa famille et faciliter leur établissement en France. Elle entretient des relations politiques avec l’Angleterre et la papauté. Son rôle dans la politique européenne mérite d’être davantage exploré selon une perspective comparatiste, confrontant son gouvernement avec celui d’autres régentes ou baillistres contemporaines. Le regard porté sur Blanche depuis l’étranger mérite lui aussi d’être exploré.
La sacralisation de la monarchie capétienne
Blanche de Castille a également contribué à la construction de la dimension sacrée du pouvoir capétien. Elle accompagne et parfois dirige les pratiques d’intercession royales, comme pendant le siège de La Rochelle, en 1224. Dès la mort de son mari, elle organise le sacre de son fils Louis IX. Elle s’inscrit en outre dans un ensemble de pratiques liturgiques et commémoratives qui contribuent à associer étroitement la royauté capétienne à la médiation du sacré. Elle veille à ce que ses enfants reçoivent une éducation religieuse exemplaire, si bien que les hagiographes de saint Louis en ont fait la principale artisane de la sainteté de son fils. Cette dimension religieuse s’inscrit également dans une politique de fondations et de patronage monastiques (Maubuisson, Le Lys), qui participent à la mise en mémoire dynastique et à l’inscription du pouvoir capétien dans un ordre spirituel. Le procès de canonisation du roi la présente comme une sancta radix, une « sainte racine » de la lignée capétienne. Le rôle exact qu’elle a joué dans la sacralisation de la monarchie capétienne reste encore à être précisément évalué.
Image et mythe de Blanche de Castille
Blanche de Castille a très tôt fait l’objet de représentations, qu’elles soient figurées ou écrites, qu’elle a parfois commandées elle-même. L’historiographie comme les récits de vulgarisation se sont principalement appuyées sur les sources écrites, construisant deux portraits devenus classiques : celui de la virago, reine autoritaire et dominatrice et celui de la mère sage et dévote, qui ne s’excluent pas nécessairement. Les logiques propres des sources qui véhiculent ces représentations doivent être interrogées, notamment les représentations genrées du pouvoir et les attentes spécifiques pesant sur les figures féminines de gouvernement. Il s’agit de relativiser ces clichés en confrontant le discours historiographique à l’analyse des dispositifs de mise en scène, tant visuels qu’écrits, dans les sources du xiiie siècle – codes émotionnels, circulation des rumeurs politiques, etc. – (Vasselot de Régné, 2022). La manière dont la mémoire de Blanche a été construite pourrait ainsi être explorée, jusqu’à l’époque contemporaine.
Ce colloque invite donc à confronter, d’une part, un large éventail de sources – chroniques, actes, comptabilité, iconographie – et des approches nouvelles (Queenship studies, Gender studies, histoire des images, histoire de l’art, histoire des émotions, prosopographie, etc.). Il appelle donc à une approche interdisciplinaire, le tout en vue de mieux comprendre l’objet historique singulier constitué par Blanche de Castille. Des communications dédiées à d’autres femmes ayant exercé au xiiie siècle le pouvoir à une vaste échelle (royaume, duché, comté), au titre de leur dominium seigneurial, d’une tutelle sur leurs enfants ou de leur douaire, seront également les bienvenues à des fins comparatistes.
Modalités d’intervention/Communication form
Les communicants interviendront sur une durée de 25 minutes qui sera suivie d’un temps de discussion et seront données de préférence en français, même si l’anglais ou l’espagnol sont aussi possibles.
Papers will be 25 minutes each, followed by a discussion. Papers should be presented in French, but English or Spanish are possible.
Modalités de soumission/Submission form
Les propositions de communication peuvent être soumises, en français ou en anglais, avant le 1er juin 2026, sous la forme d’un résumé (300 à 500 mots), accompagné d’un titre provisoire, en format Word ou OpenOffice (.doc, .docx, .odt), par email, conjointement, aux adresses suivantes : marie.dejoux@univ-paris1.fr ; c.devasselot@icrennes.org.
















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